1973
1973

Le Train

De Pierre Granier-Deferre

Le Train de Pierre Granier-Deferre, d’après l’œuvre de Georges Simenon, ce sont des femmes et des hommes en enfer. Des français de tous horizons plongés dans la terreur de l’exode, fuyant l’avancée de l’armée allemande, les bombes, la mort, réfugiés dans des wagons à bestiaux. Julien (Jean-Louis Trintignant) y rencontre Anna (Romy Schneider), jeune femme juive, clandestine. Leur passion sera aussi brève que fulgurante. Tragique.

Pour ce film, Sarde va innover : sa partition sera entièrement enregistrée avant le tournage, comme une réaction spontanée au scénario de Pascal Jardin, aux émotions suscitées chez le compositeur. Une œuvre pensée aussi comme une suite d’orchestre de quinze minutes, qui pourrait être jouée intégralement, indépendamment du support filmique. Pour se faire, Sarde et son second lieutenant, l’orchestrateur Hubert Rostaing partent enregistrer à Rome avec l’orchestre de Sainte-Cécile.

 

En entendant la musique avant de partir en tournage, le réalisateur aura cette phrase :

« Maintenant, ça va être difficile de me mettre au niveau de la musique. »

Et le film va se construire sur la musique, notamment le générique saisissant, monté sur des archives authentiques de l’exode. Ici, la musique transcende image, lui confère une dimension quasi épique, tragique, proche d’une ouverture d’opéra.

La musique du Train, c’est aussi une dialectique très claire, immédiatement délimitée par le compositeur. En résumé : l’opposition entre les ténèbres (la guerre) et la lumière (l’amour). Soit d’un côté une musique sauvage, quasi haletante («l’attaque »), des mesures plus calmes, néanmoins pleines de mystère, d’attente (« la nuit »).

Le compositeur confère à la violence de cette fuite une dimension presque palpable, comme si l’abstraction de la guerre s’incarnait dans un perpetuum mobile fou, dénué de toute humanité. De l’autre côté, le « thème d’Anna » s’impose probablement comme la plus belle des nombreuses mélodies écrites par Philippe Sarde.

A la fois déchirante, obsédante comme une page d’amour, mais dont le lyrisme est tempéré par l’issue fatale de cette brève rencontre, respiration inespérée, îlot fragile et précieux de quiétude avant la déportation et la mort au bout des rails. Sublime…

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