1981
1981

Le Choix des Armes

De Alain Corneau

Le film policier, en particulier en France a souvent puisé dans le jazz. De Miles Davis à Art Blakey, de Jimmy Smith à Gerry Mulligan…

Lorsqu’ Alain Corneau se lance dans l’aventure du Choix des Armes en 1981, les truands et petits voyous ont depuis bien longtemps déserté la topographie parisienne de Pigalle ou de la Place Blanche. Melville est mort, son univers est en jachère. Sur la base d’un scénario coécrit avec Michel Grisolia, Corneau va filmer l’affrontement deux hommes télescopés par les circonstances : Noël Durieux (Yves Montand) et Mickey (Gérard Depardieu). Le premier est un ancien caïd rangé des voitures, devenu éleveur de chevaux, très heureux aux côtés de son épouse (Catherine Deneuve, splendide). Le second s’est évadé de prison, n’est qu’une petite « frappe ». Ce sont deux univers qui vont rentrer en collision avec les dommages collatéraux qui s’ensuivent.

La tragédie est en marche. Les trois premiers polars de Corneau étaient secs et nerveux (Police Python 357, La Menace, Série Noire). Le Choix des Armes, sera lyrique et ample. Il s’ouvre de nuit sur un mur de prison écrasant par le format scope, s’achève sur un grand mouvement de grue le long d’une barre d’immeubles de banlieue. Automatiquement, l’écran large, le dolby stéréo appellent une approche musicale inédite.

Continuant sur la lancée de ses grandes collaborations jazzy, en particulier celle de Mort d’un Pourri qui lui donna l’occasion d’engager Stan Getz, Sarde convoque cette fois-ci deux contrebassistes américains : Ron Carter et Buster Williams.  Une basse classique, l’autre piccolo : deux sons différents, deux voix qui dialoguent accompagnés par l’orchestre symphonique; le second plus aigu que le premier comme le miroir de l’affrontement du duo Montand/Depardieu.

Avec la musique de Sarde, le thème devient – plus qu’une simple mélodie jazzy – l’équivalente d’une sarabande du XVIIème siècle, comme un face à face d’individus. L’affrontement y devient chorégraphique, la violence se fait stylisée. Le film de Corneau télescope autant le polar que le mélodrame. A la musique de faire surgir l’invisible et l’inexprimable.

La grande idée de Corneau et Sarde est d’enregistrer avant même le tournage une suite de huit minutes dans laquelle s’établit toute la charpente de la partition. Libérée de toute contrainte d’images et de minutages, ce mouvement autonome résume à merveille l’essence du projet, à mi-chemin entre le néo polar urbain et l’étude de caractères.

La précision de jeu absolue de Carter et Williams associés au son opulent et lyrique du L.S.O. témoignent d’abord du perfectionnisme absolu de Sarde, mais aussi du grain de folie qui irrigue son œuvre : qui d’autre aurait ainsi songer à métisser le  jazz à une orchestration ravélienne, à priori en décalage total avec le sujet ? Le miracle de cette partition, c’est à quel point elle donne au film une forme d’élégance intemporelle, loin des modes. Et lui tend le passeport rêvé pour traverser merveilleusement les années.

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