1976
1976

Barocco

De André Téchiné

Le film de Téchiné aurait très bien plus s’appeler Notturno, comme un nocturne. Au sens musical du terme. Autrement dit, une courte pièce pour orchestre ou piano inspiré par la nuit, ou alors destiné à être joué à ce moment-là. A-t-on précisé combien dans cet exercice Philippe Sarde y est passé maître ? Barocco, sans doute le meilleur film de son auteur, incarne le prototype du polar atypique.

Il en épouse bien des codes (scandale politique, chantage, extorsion, meurtre, amour tragique) mais pour mieux les subvertir ; le tout dans une forme très libre, quasi onirique. Le rêve de tout musicien de cinéma. Ici les deux grands architectes du film sont Bruno Nuytten et Philippe Sarde. Le premier pour sa lumière splendide, le second pour sa musique fantomatique.

La fusion est telle que chacune semble se nourrir l’une de l’autre. Barocco aurait pu être le Vertigo d’André Téchiné, puisqu’après tout il y est aussi de transfert d’affection. Mais le film est plus intelligent qu’un simple hommage, parvient à se hisser à un tout autre niveau. A la partition de Sarde d’éviter toutes les figures imposées par le genre.

Il y a bien un sens de l’urgence, comme dans les figures ultra-rapides du thème principal, mais le compositeur prend bien garde de s’affranchir du fantôme de Bernard Herrmann. Ecoutez bien ce thème du générique aux cuivres déchainés : c’est On se voit se voir, chanson titre du film, mais arrangée à un tempo effréné. Comme la fuite du couple Adjani/Depardieu vers des jours meilleurs, vers une rédemption illusoire.

La musique de Barocco est bel et bien ce nocturne sans aucune aube salvatrice. Et dans les méandres duquel les personnages se perdent. Il y a bien quelques rais de lumière venus de la ville, comme une musique de manèges (« les temps modernes »), quelques pièces fonctionnelles comme « la radicale » est ses rythmes afro-cubains : mais c’est l’ambiance blafarde du score qui retient l’attention et fascine.

Même « romance », ébauche très épurée de thème d’amour, notes de piano hésitantes et cordes caressantes ne sont-elles pas finalement une inversion du dies irae, comme pour sceller d’emblée le destin des personnages ?

Barocco a remporté en 1977 le César de la meilleure musique originale.

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